22 juin 2026 - Innovation & Ingénierie

VivaTech 2026 : la fin de la Tech Paillette et le retour de l'ingénierie

VivaTech 2026 : la fin de la Tech Paillette et le retour de l'ingénierie

Pendant deux jours, j'ai parcouru les allées de VivaTech 2026 à Paris.

Comme beaucoup de visiteurs, j'ai assisté à des démonstrations d'intelligence artificielle, observé des robots plus ou moins bavards, découvert des startups venues des quatre coins du monde et écouté plusieurs conférences sur l'avenir de la technologie.

Mais ce qui m'a le plus marqué n'était pas sur les écrans.

C'était ce qui avait disparu.

Après plusieurs années où les salons technologiques ressemblaient parfois à des vitrines géantes de promesses futuristes, j'ai eu l'impression que quelque chose avait changé.

La technologie semble enfin revenir à l'essentiel.

Et en tant que développeur web depuis plus de quinze ans, je trouve cela particulièrement intéressant.

Un détail qui ne saute pas forcément aux yeux

Lorsque je suis arrivé à VivaTech, un détail m'a rapidement interpellé.

Où étaient passés les grands constructeurs automobiles ?

Il n'y a pas si longtemps, ils occupaient des espaces gigantesques avec des concept-cars, des démonstrations de conduite autonome et des véhicules censés représenter le futur de la mobilité.

Cette année, leur présence semblait beaucoup plus discrète.

À leur place, j'ai vu davantage de discussions autour :

  • de l'industrie ;
  • de la cybersécurité ;
  • de la souveraineté numérique ;
  • des infrastructures ;
  • des données ;
  • de l'intelligence artificielle appliquée à des usages concrets.

Pour certains visiteurs, cela rend peut-être le salon moins spectaculaire.

Pour moi, c'est plutôt bon signe.

Dans le monde du développement web, c'est un peu comme lorsqu'une équipe cesse de changer de framework tous les six mois pour enfin investir dans son architecture, ses tests et sa qualité de code.

C'est moins impressionnant en démonstration.

Mais beaucoup plus efficace sur le long terme.

L'intelligence artificielle change de terrain de jeu

Évidemment, l'IA était partout.

Impossible de faire dix mètres sans croiser un stand, une conférence ou une démonstration qui en parlait.

Mais là encore, le discours a évolué.

En 2023 et 2024, une grande partie des démonstrations consistait à montrer ce que l'IA était capable de générer.

  • Des textes.
  • Des images.
  • Des vidéos.
  • Des conversations.

Le fameux effet « wow ». Cette année, j'ai observé quelque chose de différent. Les questions posées n'étaient plus :

« Regardez ce que l'IA peut faire. »

Mais plutôt :

  • « Comment l'intégrer dans un processus métier ? »
  • « Comment sécuriser les données ? »
  • « Comment maîtriser les modèles ? »
  • « Comment éviter la désinformation ? »
  • « Comment exploiter l'OSINT de manière fiable ? »

Autrement dit, les discussions quittent progressivement les équipes marketing pour rejoindre les équipes techniques.

Et c'est probablement le signe le plus évident de maturité.

Une technologie devient réellement utile lorsqu'on arrête de la considérer comme magique.

La souveraineté numérique n'est plus un sujet réservé aux gouvernements

Un autre mot revenait constamment dans les échanges : souveraineté.

Pendant longtemps, cette notion semblait éloignée des préoccupations quotidiennes des développeurs.

Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Prenons un exemple simple. Lorsque vous utilisez une API externe dans votre application, vous gagnez du temps. Mais vous créez aussi une dépendance. Si demain le service change ses conditions, augmente ses tarifs ou devient indisponible, votre produit peut être impacté.

À petite échelle, c'est déjà un problème. À l'échelle d'une entreprise ou d'un pays, cela devient une question stratégique. C'est exactement ce type de réflexion que j'ai retrouvé dans de nombreuses discussions à VivaTech.

  • Qui contrôle les données ?
  • Qui contrôle les infrastructures ?
  • Qui contrôle les modèles d'IA ?

Ces questions deviennent progressivement des contraintes d'architecture.

Et cela change profondément notre manière de concevoir les applications.

Ce que cela signifie pour les développeurs

C'est probablement la partie qui m'a le plus parlé.

Depuis plusieurs années, notre métier évolue à une vitesse impressionnante.

Chaque année apporte son nouveau framework, sa nouvelle bibliothèque ou sa nouvelle tendance.

Pourtant, les problèmes que je rencontre lors d'audits ou de missions restent souvent les mêmes :

  • des applications lentes ;
  • des interfaces difficiles à maintenir ;
  • une dette technique importante ;
  • des problèmes d'accessibilité ;
  • des performances dégradées ;
  • une dépendance excessive à des services externes.

Aucune intelligence artificielle ne résout automatiquement ces problèmes.

Aucun buzzword non plus.

La solution reste la même qu'il y a dix ans : concevoir une architecture solide.

C'est là que des technologies prennent tout leur sens.

Parce qu'au final, une bonne application n'est pas celle qui impressionne lors d'une démonstration.

C'est celle qui continue de fonctionner rapidement, de manière fiable et sécurisée plusieurs années après sa mise en production.

Une excellente nouvelle pour les ingénieurs

En quittant VivaTech 2026, je n'ai pas eu l'impression que l'innovation ralentissait.

J'ai plutôt eu le sentiment qu'elle devenait plus mature.

La technologie continue d'avancer.

L'intelligence artificielle continue de progresser.

Les investissements continuent d'affluer.

Mais les priorités évoluent.

La question n'est plus :

« Quelle technologie fera le plus parler d'elle ? »

La question devient :

« Quelle technologie apportera réellement de la valeur ? »

Et pour tous ceux qui passent leurs journées à concevoir, développer, tester, optimiser et maintenir des produits numériques, c'est probablement la meilleure nouvelle de cette édition.

Parce qu'au bout du compte, la valeur durable ne se construit pas avec la hype.

Elle se construit avec de l'ingénierie.